Les Activités annuelles du Centre Jean Bérard
 

Teinturerie de "la maison de Lakhsmi" et la reconstitution de son fonctionnement.
(Cliché © CJB) et illustration Marina Pierobon


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La teinturerie en cours de fouilles.
(Cliché © CJB)

 


L'ARTISANAT DU TEXTILE

- un atelier de teinturier (regio V, 1, 4-5)

- une officine de lavage de la laine et de teinture dans "la maison de la Reine d'Angleterre" (Regio VII, 14, 5)

- une laverie et une teinturerie dans "la maison de Lakhsmi" (Regio I, 8)

Dans "la maison de la Reine d'Angleterre", la construction d'une officine de lavage de la laine et d'une teinturerie est postérieure au milieu du Ier siècle après J.-C. Elle est contemporaine, de la création du réseau d’adduction d’eau destiné à assurer, dès l’origine, son fonctionnement.

 


Les recherches entreprises en 2002 dans la teinturerie de "la maison de Lakhsmi" (Regio I, 8) montrent qu'il s'agit d'un établissement tardif, aménagé durant les dernières décennies de la vie de la cité. L'atelier était en activité au moment de l’éruption du Vésuve. Il comprenait une salle semi-enterrée gagnée dans un cryptportique et un ensemble de chaudières abritées par un portique. Dans la salle basse, se trouvaient deux bancs de pierre où la laine était nettoyée, une chaudière à revêtement de plomb pour la lessive et deux bassins de lavage. Sous le portique, quatre chaudières, elles aussi revêtues de plomb, étaient utilisées pour la teinture. La plus grosse, appuyée à une des colonnes, servait au mordançage des fibres par l'alun. Cette opération permet de fixer la teinture solidement : c'est la "teinture au grand teint", produisant des textiles aux couleurs vives, saturées et durables. L’installation de cette teinturerie dans un espace où se trouvait déjà une unité de lavage des toisons laisse entendre que la dite teinturerie traitait en priorité des fibres et non des fils (ou des tissus).

Grâce à l'étude de ces trois ateliers, il est possible de restituer les gestes des artisans de ces teintureries : ils mordançaient tout d’abord les fibres brutes dans la chaudière la plus vaste, placée de façon isolée à l’une des extrémités de l’atelier puis, selon la couleur désirée, il les transférait dans l’une ou l’autre des autres cuves. Près de chaque chaudière, une marche permettait aux ouvriers de surplomber le contenu des cuves et, surtout, de remuer les fibres en cours de teinture afin d’éviter une mauvaise répartition de la couleur.
Chacune des chaudières, façonnée dans une épaisse feuille de plomb était chauffée par un foyer sous-jacent. Elles étaient alimentées en eau courante par le biais de canalisations en plomb munies de robinets et elles disposaient d’un orifice de vidange permettant de déverser leur contenu.

Les observations faites sur trois officines de teinturiers montrent qu'elles sont toutes postérieures au tremblement de terre de 62 et qu'elles ne prennent pas la suite d'installations artisanales antérieures de même type. On peut donc émettre l'hypothèse que le developpement de "l'industrie lainière" dans la ville est bien caractéristique de la période 62-79.